vendredi 24 février 2012

Un roman américain de Stephen Carter

Critique de Un roman américain de Stephen Carter


Résumé :
Quatrième de couverture : De la campagne de JFK à la chute de Nixon, une formidable fresque signée Stephen Carter.
Été 1952, Martha's Vineyard. Vingt hommes se réunissent dans le plus grand secret. Politiciens, avocats, hommes d'affaires, universitaires, ils sont l'élite de l'Amérique. Ce soir-là, ils signent un pacte diabolique destiné à manipuler le président des États-Unis pour les décennies à venir. Deux ans plus tard, au coeur d'un quartier huppé de Harlem, le jeune écrivain noir Eddie Wesley tombe sur un cadavre. Le mort tient entre ses mains une étrange croix inversée. Qui a tué ce riche avocat blanc? Que signifie cette croix? Alors que la curiosité d'Eddie commence à déranger, sa sœur Junie, promise à un brillant avenir à la Cour Suprême, s'évanouit brusquement dans la nature. Quel est le lien entre cette disparition, le meurtre de l'avocat et le complot visant à contrôler le Bureau ovale? Eddie et Aurélia, la femme qu'il aime, mettront plus de vingt ans à reconstituer la vérité. Une quête aussi complexe que fascinante où se mêlent thriller politique et saga familiale dans un portrait saisissant de l'Amérique des sixties.
Un soir, le jeune harlémite Eddie découvre le corps d'un avocat blanc alors qu'il se promène aux alentours d'un parc. Cette rencontre macabre marque le début d'une quête pour la vérité qui influencera cet homme pour des dizaines d'années à venir. En effet, Eddie appartient à l'élite noire de Harlem et il projette de devenir écrivain : son statut de personnage public va lui permettre de tenter de démêler les fils d'un complot qui prend racine en plein cœur de la présidence américaine. Entre intrigues amoureuses et politiques, les protagonistes auront bien du mal à éclairer cette affaire trouble qui ébranle l’État.

Mon avis :
J'ai tout d'abord été ravie de pouvoir lire ce livre apparemment centré sur la société noire américaine. Logiquement, je m'attendais donc à un roman présentant la Harlem noire empreinte de jazz et de blues, terreau des revendications pour les droits civiques des populations noires. 
Mais ne vous y trompez pas, ce n'est pas dans les rues de Harlem que se déroule l'intrigue mais derrière les portes closes des maisons chicos du "haut grattin" des nantis citadins. Autrement dit, le personnage principal Eddie évolue de cocktails en cocktails et serre la main de présidents. Les acteurs de ce groupe privilégié me sont apparus étrangement vides et coupés du monde. Ils sont comme autant de poissons dans un bocal que l'on observe évoluer, ils tournent en rond au sein d'un univers hermétiquement replié sur lui-même. Alors forcément on étouffe.
Je ne pourrais pas dire grand chose du personnage d'Eddie car quelques jours seulement après avoir tourné la dernière page de l'ouvrage, je ne me souviens déjà plus des contours de son caractère qui sans doute, n'étaient pas très marqués. Concernant Aurélia, j'ai davantage apprécié ce personnage à qui l'auteur a pris la peine de donner une histoire : orpheline élevée dans un couvent de sœurs elle ment sur ses origines pour se faire accepter dans le monde clôt des affaires, mais ce train de vie basé sur les apparences met à rude épreuve son éducation et elle ressent un besoin constant de retourner aux valeurs fondamentales. D'autres personnages comme Gary Fatek m'ont semblé totalement artificiels : sous prétexte qu'il est appelé à de hautes fonctions il semble normal qu'il change d'avis et de position politique comme de chemise, sans le moindre tiraillement.
En bref, si on prend tout ça et qu'on mélange, on obtient : de la soupe froide. Les complots sont ampoulés malgré tout le mal que l'auteur se donne pour crédibiliser ses sursauts d'intrigue. En effet, des figures historiques prennent place en tant que personnages dans le roman : Nixon, les Kennedy, J. Edgar Hoover et j'en passe. Oui mais voilà ma question est toute simple : OUI... ET? A la fin du texte on trouve une "Note de l'Auteur" dans laquelle Stephen Carter explique que certains événements mentionnés font partie de l'histoire de l'Amérique, que tel personnage a effectivement fait ça mais que ce n'était pas exactement à cette date-là, que telle manifestation a effectivement eu lieu mais pas dans cet état et pas à ce moment-là : Ouf! En gros on a donc une fiction mais avec quelques trucs de vérité historique et une vérité historique avec franchement beaucoup de fiction... la soupe, la soupe! Mes réactions à la fin de ce texte ont été très simples : tout ça pour ça? D'autant plus qu'il est évident qu'une telle contextualisation a représenté beaucoup de travail mais je ne comprends pas pourquoi l'auteur a imaginé ce complot totalement fantaisiste censé aiguiser notre intérêt et qui pourtant m'a fait compter les pages (exactement au nombre de 599... si, si...). On est très loin du "page-turner irrésistible" dont parle The Plain Dealer.
Ce texte étant un partenariat je me suis littéralement forcée à achever la lecture mais avant la centième page je commençais déjà à être sévèrement lassée. Dans un tel cadre, je me suis sentie captive dans une lecture pas franchement indispensable, alors que les librairies regorgent de lectures fantastiques et intéressantes. Effet raté pour un thriller politique, non?
Pour terminer, il me semble indispensable de parler de ce que j'appelle les "vieilles ficelles" qui sont omniprésentes dans ce texte et le transforment en une parodie de lui même. Tout d'abord les chapitres courts s'enchaînent à la vitesse de l'éclair pour donner l'illusion que le lecteur est happé dans le récit : bon, ça a marché pour Da Vinci code de Dan Brown, maintenant il faudrait peut-être voir à adapter la recette... Stephen Carter est également un adepte des "petites-phrases-pleines-de-suspense-que-t'as-trop-envie-de-savoir-la-suite-du-coup-tu-tournes-la-page", quelques exemples? A la fin du prologue, page 14, l'avocat qui va se faire assassiner sort d'une réunion ultra-secrète, la dernière phrase du chapitre est "Son assassinat n'aurait lieu que trente mois plus tard". Même vieille ficelle réutilisée avec la dernière phrase du chapitre suivant (un adepte je vous dis!) page 25, lorsque Eddie va découvrir le corps de l'avocat : "Du coup il était seul quand, trente minutes plus tard, il découvrit le corps". Et ce tour romanesque visant le suspense est utilisé quasiment à chaque fin de chapitre (et il y en a 68...) à des intensités différentes. Honnêtement c'est tellement gros que ça me surprend encore à l'heure où j'écris cette chronique. Ce type d'outils pour attirer l'attention doit à mon sens n'être utilisé qu'avec grande parcimonie et à bon escient pour réussir des retournements de situations et autres situations clefs, mais balancés à tord et à travers ces tournures de suspense lassent  le lecteur. On attend davantage de subtilité.
Et le meilleur pour la fin, un florilège de passages totalement ridicules : 
  • Eddie part en enquête au Vietnam et, alors qu'il se trouve sur un terrain d'affrontement, on lit ça : "[...]Eddie tendant le cou pour mieux voir, sentit craquer des os de poulet calciné sous ses pieds, sauf qu'en y regardant de plus près, c'étaient des phalanges de main humaine" (p. 347). Ta Ta TAAAAA!! Tremblez pauvres lecteurs!
  • Eddie toujours en enquête au Vietnam, rencontre une jeune femme qui dit connaître l'homme qu'il cherche, mais il préfère s'assurer qu'elle le connait vraiment en lui posant une subtile question sur le bonhomme : "Craignant d'être mené en bateau une fois de plus, il demanda si Perry aimait toujours autant les Milky Way. Teri hésita. Non. Elle ne l'avait jamais vu manger des Milky Way. En revanche, il descendait des Baby Ruth les uns après les autres. Exact. Elle le connaissait" (p. 349). Pour ceux qui ne connaissent pas il s'agit de barres chocolatées. On remarque la succession de phrases courtes qui retardent la révélation "Elle le connaissait". Encore une vieille ficelle donc mais en plus d'utiliser un procédé d'espionnage ultra connu et bateau, Stephen Carter tourne son personnage au ridicule avec la mention des barres chocolatées. J'avoue, je me suis marrée, mais je ne pense pas que c'était l'effet escompté.
J'ai également été gênée par la réutilisation de certains thèmes récurrents dans le thriller comme la mention de la croix inversée qui semble à tord ancrer le récit dans une trame mystico-politique  :  ce type de détails surcharge l'intrigue déjà bien enchevêtrée et je pense que le texte aurait gagné à se passer de ces ajouts de "spectacle". Même remarque concernant les mots de code tirés de la littérature : l'explication qui relie les mots de code au Paradis Perdu de John Milton passe encore, mais l'évocation à l'Amant de Lady Chatterley de D. H. Lawrence était vraiment en trop d'autant plus que l'interprétation du message codé est largement ampoulée et je ne m'avance pas trop en disant que personne, aucun enquêteur, aucun avocat, n'aurait pu vraisemblablement déchiffrer un tel message. Alors d'accord c'est de la fiction, mais dans un thriller politique qui s'attache à utiliser des personnages historiques, on exige plus d'attention portée à la crédibilité. Bref, une vibrante déception.

Du même auteur :
  • Echec et mat
  • La dame noire
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Merci aux éditions Robert Laffont pour ce partenariat. Merci également au site internet Livraddict pour avoir assuré son organisation. 

7 commentaires:

  1. Chacun son ressenti....
    L'auteur a voulu montré que Harlem n'a pas toujours été ce qu'il est, qu'il y a toujours eu une "élite noire" à Harlem.
    Ensuite, c'est un roman, on y adhère, ou pas....
    En ce qui me concerne, j'ai apprécié.

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  2. Waouh, très belle chronique ! Vu ta déception, je ne pense pas lire ce roman... en tout cas j'aurais aussi bien rigolé avec les Milky Way ^^

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  3. Je ne suis pas fans des thrillers politiques pseudo réalistes, je sais maintenant que ce n'est pas avec ce livre là que ça va changer! Merci pour ton sacrifice! X3

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  4. Il est dans ma bibliothèque mais je ne compte pas le lire :/

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    1. Fais-le tourner autour de toi à des gens que ça pourrait intéresser :)

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  5. Ta chronique est superbe !
    J'ai trouvé ce livre tellement nul que je n'ai même pas su en parler correctement, ce que, toi, tu as réussi à merveille !
    En tout cas, contente de voir que je n'ai pas été la seule à m'ennuyer ferme pendant cette lecture et, tout comme toi, si ça n'avait pas été un partenariat, je l'aurais certainement abandonné rapidement.

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