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dimanche 23 décembre 2012

La Religieuse de Diderot

Critique de La Religieuse de Diderot

Résumé :
Quatrième de couverture  : "Tuez plutôt votre fille que de l'emprisonner dans un cloître malgré elle, oui, tuez-la" : c'est ainsi que Suzanne Simonin, bâtarde contrainte par sa famille à s'engager en religion, s'adresse à l'honnête marquis dont elle attend secours en lui racontant une vie semée d'épreuves et d'humiliations. Roman pathétique d'une réprouvée en quête d'amour, roman politique d'une prisonnière en quête de justice, roman philosophique des passions troubles engendrées par les interdits sexuels, roman pictural du clair-obscur des corps et des âmes : La Religieuse engage aussi son lecteur sur les sentiers tortueux d'un érotisme noir ; c'est que Suzanne, qui se proclame figure de l'innocence persécutée, est sans doute plus ambiguë qu'on ne le croit...
Suzanne Simonin est la cadette de trois filles issues d'une famille sans histoires. Surpassant ses sœurs par la beauté et l'esprit, elle va très rapidement être confinée au rôle d'une Cendrillon délaissée. Ce sont les autres qui - progressivement - vont entreprendre à sa place de tracer les lignes d'un destin qu'elle ne reconnaît pas comme sien. Ainsi contrainte à entrer dans les ordres, elle s'emploie dans un premier temps à une résistance ouverte en s'opposant frontalement à l'idée de prendre le voile. Mais un coup de théâtre va ruiner à jamais ses désirs d'indépendance et de libre-arbitre, la forçant de reconnaître dans sa situation, l'expression d'une fatalité implacable "on était résolu à disposer de moi sans moi" écrit alors l'héroïne. Suzanne va donc découvrir les micro-sociétés que sont les couvents de femmes au XVIIIème siècle et considérer, dans ses passages successifs d'une mère supérieure à une autre, les déviances et les troubles qui habitent ces lieux retirés.

mardi 22 novembre 2011

Le roman libertin

Qu'est-ce que le roman libertin?


      Au XVIIIème siècle le roman, considéré comme un genre mineur par les critiques, obtient la seconde place des ventes littéraires. Placé après la poésie il semble passionner les lecteurs malgré la connotation péjorative du terme qui renvoie dans l'imaginaire aux goûts des femmes et du peuple. Parmi des romans galants ou des romans d'aventures paraissent des centaines de romans libertins qui connaissent un succès important. Onze éditions pour Les Confessions du comte de *** de Duclos paru en 1741, douze pour l'Histoire de Dom Bougre, Portier des Chartreux de Gervaise de Latouche en 1745 ou encore dix éditions pour Thérèse Philosophe attribué à Boyer D'Argens et publié en 1748. Ces textes licencieux circulent de main en main sans qu'on puisse les contrôler et paraît-il que Louis XVI en personne se serait constitué sa bibliothèque érotique. C'est que l'écriture précieuse d'un Crébillon comme les tournures réalistes que l'on peut lire dans Margot la ravaudeuse de Fougeret de Monbron semblent agréablement divertir le lecteur. Mais si les romans libertins exaltent le libertinage de mœurs ils n'en font pas moins pour le libertinage d'esprit. Dès lors penser qu'ils ne sont que des « livres qu'on ne lit que d'une main » paraît réducteur. Et en introduction à son ouvrage Libertinage et figures du savoir, Marc-André Bernier affirmait : « En conférant au roman libertin le rôle de précurseur un peu frivole d'une conception moderne du désir, [la critique contemporaine] en a fait non seulement un genre dépourvu de consistance propre : elle l'arrache encore à la singularité, voire à la grandeur, de la tâche qui fût la sienne. » (p. 1). Le terme de « frivole » renvoie en effet à un manque de sérieux et finalement à une chose sans importance. Utilisé aussi pour qualifier quelqu'un d'inconstant dans les relations amoureuses il rappelle cet univers libertin qui substitue le goût à l'amour. Mais la notion de « précurseur » évoque l'annonce d'une idée nouvelle à savoir la « conception moderne du désir » qui marque un nouveau rapport hommes/femmes. Le roman libertin semble ici ambivalent d'autant plus qu'il se voit attribuer le statut de « genre » bien que celui-ci s'avère « dépourvu de consistance propre ». La critique contemporaine ne parvient pas à gommer cette « singularité » et le roman libertin conserve ce caractère rare et exceptionnel, qu'il soit négatif ou positif. Mais on peut toujours se demander ce qu'il en est de « la tâche qui fût la sienne ». Le roman libertin n'est-il finalement qu'un objet de divertissement qui n'a fait qu'annoncer une nouvelle perception de l'attirance et du désir ? Il s'agira d'étudier d'abord le roman libertin en ce qu'il pourrait avoir de léger et de frivole, ce qui nous mènera naturellement à envisager ses autres aspects qui vont dans le sens des idées qui nous conduiront eux-mêmes à remettre totalement en cause les préjugés dont il est la cible.