jeudi 23 juillet 2026

Jours sans faim de Delphine de Vigan

Critique de Jours sans faim de Delphine de Vigan


Résumé :
Quatrième de couverture : "Cela s'était fait progressivement. Pour en arriver là. Sans qu'elle s'en rende vraiment compte. Sans qu'elle puisse aller contre. Elle se souvient du regard des gens, de la peur dans leurs yeux. Elle se souvient de ce sentiment de puissance qui repoussait toujours plus loin les limites du jeûne et de la souffrance. Les genoux qui se cognent, des journées entières sans s'asseoir.
En manque, le corps vole au-dessus des trottoirs. Plus tard, les chutes dans la rue, dans le métro, et l'insomnie qui accompagne la faim qu'on ne sait plus reconnaître.
Et puis le froid est entré en elle, inimaginable. Ce froid qui lui disait qu'elle était arrivée au bout et qu'il fallait choisir entre vivre et mourir".
D'abord, la voix de Laure n'existe pas. Cette dernière est comme étrangère à son propre témoignage, seulement désignée par la troisième personne. Puis survient une autre voix, qui la tire de sa torpeur, et elle effectue la grande traversée. Elle se rend enfin à l'hôpital pour y être soignée. Laure, une jeune fille au seuil de l'âge adulte, souffre d'anorexie mentale sévère : trente-six kilos pour un mètre soixante quinze lors de son admission en hospitalisation d'urgence. C'est un miracle qu'elle ne soit pas déjà morte ou dans un profond coma. Débute alors le récit d'une longue et tortueuse rémission au sein du service nutrition. Au gré des rencontres, des sorties et des rechutes, Laure va progressivement se rattacher à la vie par un fil, comme celui de ses tricots ou celui de la sonde naso-gastrique avec laquelle elle entretient un rapport difficile. Publié sous le pseudonyme de Lou Delvig en 2001, ce texte est le premier roman de Delphine de Vigan. Témoignage autobiographique en partie fictif, le personnage de Laure est librement inspiré de l'expérience de l'auteur : en hypokhâgne puis en khâgne, elle est progressivement tombée dans l'anorexie mentale et a vécu une hospitalisation de six mois après avoir passé le concours de l'École Normale Supérieure (ENS).

Delphine de Vigan

lundi 20 juillet 2026

Violences en cuisine de Nora Bouazzouni

Critique de Violences en cuisine de Nora Bouazzouni


Résumé :
Quatrième de couverture : "Le client est roi, mais nous, on n'est rien". Depuis près de deux siècles, ce mythe justifie la normalisation de violences de tous ordres - économiques, physiques, psychologiques, homophobes, racistes, sexistes et sexuelles. Comment s'étonner aujourd'hui que 200 000 postes soient vacants, lorsque l'on découvre le décalage glaçant entre la vitrine et la cuisine ?
Pendant quatre ans, Nora Bouazzouni a recueilli des centaines de témoignages d'employés de la restauration. Tous dénoncent un système bien rodé, qui ne tient que par l'exploitation des travailleurs et des travailleuses, et où nombre de chefs règnent par la terreur. Malgré l'ampleur sidérante des abus, aucun n'a jamais vraiment été inquiété. C'est qu'en France, la "haute" cuisine jouit d'une impunité exceptionnelle. Gare à qui osera s'y attaquer. Ce livre s'y emploie.
Dans cet ouvrage, la journaliste Nora Bouazzouni se livre à une enquête dénonçant la violence systématique qui règne dans le secteur de la restauration en France (essentiellement restaurants, hôtels, cafés et boulangeries-pâtisseries). Les hôtels, cafés et restaurants (HCR) sont confrontés à une crise en France qui s'est trouvée sensiblement accélérée par la pandémie de COVID-19. Aujourd'hui, c'est un domaine professionnel qui peine notoirement à recruter et à garder ses employés. Pour autant, comme le souligne la journaliste, la restauration n'est pas un secteur professionnel comme un autre en France, d'où l'attention accrue de l'État qui dispense des aides variées pour soutenir les entreprises en difficulté. Les entreprises oui, mais qu'en est-il des salariés ? Secteur professionnel difficile et exigeant, la gastronomie française a une réputation d'excellence qui justifie trop souvent toutes les dérives : violences physiques et psychologiques pour "faire ses preuves", bizutages, horaires de travail insoutenables, heures supplémentaires non payées ou encore non respect des normes et de la législation en vigueur. La figure du "chef" est entourée d'une aura d'artiste créateur et souvent au cœur de réseaux d'influences variés. Dans un tel cadre, même les scandales qui affleurent ponctuellement ne sont pas suivis de mesures durables pour protéger les salariés du secteur. La journaliste critique essentiellement le fossé de plus en plus marqué entre une profession idéalisée grâce aux émissions télévisuelles (Top Chef, Cauchemar en cuisine, Tous en cuisine...), les classements nationaux et mondiaux (Michelin, Gault & Millau en France), les concours (comme le Meilleur Ouvrier de France ou le Meilleur Apprenti de France) et la réalité du terrain où la jeunesse s'épuise et s'abime. Mais les solutions proposées sont-elles à la hauteur du défi ?

Ratatouille, le rat chef-cuisinier français d'un film d'animation produit par Pixar (2007).

jeudi 16 juillet 2026

L'Utilité de l'inutile de Nuccio Ordine

Critique de L'Utilité de l'inutile de Nuccio Ordine


Résumé :
Quatrième de couverture : Il n'est pas vrai - pas même en temps de crise - que seul ce qui est source de profit soit utile. Il existe dans les démocraties marchandes des savoirs réputés "inutiles" qui se révèlent en réalité d'une extraordinaire utilité.
Dans cet ardent pamphlet, Nuccio Ordine attire notre attention sur l'utilité de l'inutile et sur l'inutilité de l'utile. À travers les réflexions de grands philosophes (Platon, Aristote, Tchouang-tseu, Pic de la Mirandole, Montaigne, Bruno, Campanella, Bacon, Kant, Tocqueville, Newman, Poincaré, Heidegger, Bataille) et de grands écrivains (Ovide, Dante, Pétrarque, Boccace, Alberti, l'Arioste, More, Shakespeare, Cervantès, Milton, Lessing, Leopardi, Hugo, Gautier, Dickens, Herzen, Baudelaire, Stevenson, Okakura Kakuzô, García Lorca, García Márquez, Ionesco, Calvino, Foster Wallace), Nuccio Ordine montre comment l'obsession de posséder et le culte de l'utilité finissent par dessécher l'esprit, en mettant en péril les écoles et les universités, l'art et la créativité, ainsi que certaines valeurs fondamentales telles que la dignitas hominis l'amour et la vérité.
Le professeur d'université Nuccio Ordine propose de nous prendre la main pour une promenade, depuis l'Antiquité jusqu'au XXe siècle, en compagnie de philosophes, de littéraires mais aussi de scientifiques de toutes disciplines. Cet ouvrage est moins un essai critique proposant une argumentation serrée et sévèrement sourcée qu'une sorte de centon librement arrangé autour d'un paradoxe : l'inutile peut-il être utile ? Sous-titré "Manifeste", il ne s'agit pas tout à fait d'exposer un programme, ni de tenir un propos polémique : l'auteur entend bien davantage rendre tangible et évidente sa position critique consistant à revendiquer la liberté comme nécessaire au travail intellectuel. Le texte est structuré en trois temps : I - L'Utile inutilité de la littérature (sur l'importance de la culture littéraire classique dans l'éducation, construite sur le temps long) ; II - L'Université-entreprise (une critique des nouvelles universités construites comme des entreprises avec obligation de profit et de résultat mesurable) ; III - Posséder tue (un éloge de la curiosité intellectuelle et de la liberté). Nous trouvons également en appendice un article d'Abraham Flexner signalé à l'auteur en 2011 suite à une table ronde et intitulé "De l'utilité du savoir inutile" (octobre 1939). Entre la démonstration et la conversation, cet essai met son lecteur en face d'une évidence troublante : qui peut aujourd'hui déterminer le caractère utile ou inutile d'une recherche ? Seul le temps, par son office, pourra nous permettre d'observer ce qui aura produit du fruit et ce qui n'en aura pas (encore ?) produit. Il s'agit donc d'un vibrant plaidoyer pour ne jamais distinguer artificiellement le bon grain de l'ivraie dans tous les champs de recherche : qui vivra verra !

Les sentences ajoutées par Montaigne dans sa "librairie" (bibliothèque) aménagée en 1571.

samedi 11 juillet 2026

Consuelo de George Sand

Critique de Consuelo de George Sand


Résumé :
Quatrième de couverture : Si la musique peut changer une vie, peut-elle changer un siècle ? Née pauvre en plein cœur du XVIIIe siècle et bientôt orpheline, Consuelo connaît de bien tristes débuts. Vite remarquée par le célèbre maestro Porpora pour la clarté de sa voix, elle devient cantatrice à Venise. Amour, gloire et trahison vont rythmer une vie d'aventures, de l'Italie à l'Autriche en passant par les châteaux envoûtants de Bohême et leurs paysages romantiques. Entre l'ancien amant Anzoleto, Joseph Haydn, l'ami fidèle, la rivale Corilla ou le ténébreux comte de Rudolstadt, Consuelo incarne l'artiste aux prises avec les tourments de son âme. Comment braver le destin et gravir l'échelle sociale ?
Voici le roman d'apprentissage d'une femme qui se lève contre sa condition et celle de tout un peuple, dans un siècle où grondent déjà les idées de la Révolution.
Écrit en feuilleton, Consuelo (1842-1843) rencontre un tel succès que George Sand lui donne une suite, La Comtesse de Rudolstadt (1843-1844). Ils forment à un deux le prodigieux roman de l'émancipation et de la liberté.
Venise, vers 1742. Consuelo est une pauvre enfant dont la mère, une Espagnole probablement d'ascendance maure, vivait comme une Bohémienne. Comme de nombreuses petites orphelines, elle va être accueillie au conservatoire des Mendicanti pour y apprendre le chant. Elle s'y distingue à plus d'un titre : née en Espagne, elle est considérée comme une étrangère ; elle ne semble pas avoir les mêmes attraits que ses camarades pour les petites coquetteries et autres vanités, elle est même qualifiée de "laideron" et enfin (et surtout) elle chante d'une voix d'ange. Le maître Porpora décèlera très vite son talent et la lancera, un peu malgré lui, sur la grande scène du monde. Entre Venise, la Bohême ou encore Dresde, le destin de Consuelo ressemble à une suite de hasards heureux ou malheureux : n'est-il pas en réalité comme la partition d'une fugue, dans laquelle se rejoue sans cesse le même motif ? Entre le roman gothique et l'aventure picaresque, l'histoire de Consuelo se tient fermement à ce fil rouge à triple brin : l'amour de la scène, la quête de la perfection dans l'art et le culte d'une beauté transcendante dans une entreprise folle pour leurrer la mort.

Canaletto, Place Saint-Marc, Venise (1723-1724).

lundi 6 juillet 2026

La Disparition d'Audrey Wilde d'Eve Chase

Critique de La disparition d'Audrey Wilde d'Eve Chase


Résumé :
Quatrième de couverture : 2009. Jessie quitte Londres pour s'installer en pleine campagne, au manoir d'Applecote, persuadée de pouvoir y prendre le nouveau départ dont sa famille semble avoir tant besoin. C'était compter sans les inquiétantes rumeurs qui courent sur sa nouvelle demeure...
Juin 1959. Lorsque Margot, quinze ans, et ses trois soeurs arrivent chez leurs oncle et tante, au domaine d'Applecote, elles espèrent passer un été paisible, loin des frasques de leur mère. Mais Margot se sent irrépressiblement attirée par le mystère entourant Audrey, leur cousine disparue cinq ans plus tôt, et dont l'ombre plane sur leur famille. 
À cinquante ans d'écart, Margot et Jessie vont chacune obtenir les différentes pièces d'un même puzzle, et vivre, au manoir d'Applecote, des événements qui les changeront à jamais.
Jessie et Will Tucker sont un couple de londoniens qui rêvent de s'installer à la campagne : surtout elle. Jessie est tombée enceinte de Will seulement deux ans après le veuvage de ce dernier : sa femme, Mandy étant décédée d'un accident de la route. Ils se marient et elle accouche d'une fille, Romy, alors que Will est déjà le père de Bella, née de sa précédente union. Pour Jessie, fonder cette famille recomposée n'est pas de tout repos : Romy est une petite fille pleine de vie qui vient bouleverser le quotidien de Bella, une jeune fille qui n'a pas complètement traversé le deuil de sa mère et qui aborde l'âge de l'adolescence et des crises. Dans un tel cadre, quoi de mieux que d'envisager un déménagement dans la campagne anglaise ? Ce serait l'occasion d'adopter un train de vie plus calme, plus serein et d'éloigner les filles de la ville et de ses dangers. C'était sans compter sur les secrets qui se cachent dans les murs des vieilles demeures ou bien dans les jardins... Le manoir d'Applecote, leur nouvelle maison, leur réserve bien des tourments...

Peinture d'un cottage anglais

mercredi 3 juin 2026

Ce temps où nous mourons de ne pas vivre de Théophane Leroux

Critique de Ce temps où nous mourons de ne pas vivre de Théophane Leroux


Résumé :
Quatrième de couverture : La reconversion professionnelle est souvent présentée comme un conte de fées. Ce livre n'en est pas un. C'est le journal d'un arrachement, celui d'un homme né dans le confort des certitudes, qui fait le choix de quitter son openspace parisien pour devenir ouvrier viticole par nécessité intérieure.
Dans les vignes, Théophane apprend la rudesse du réel, la répétition des gestes, la fatigue du corps - et découvre une liberté inattendue. Tirer du bois, tailler, brûler les sarments, autant de mouvements qui deviennent des actes spirituels. Les pieds dans la terre, c'est sa propre existence qu'il défriche : ses doutes, sa foi, ses illusions sur le travail, l'époque, le progrès, la technique.
Entre confession et méditation sur notre temps, ce texte poétique remet en cause notre obsession de la performance et du sens. Que cherchons-nous en changeant de cap ? Que fuyons-nous? Et si le courage n'était pas de partir, mais d'habiter pleinement ce que l'on fait ? Un livre incandescent, qui rappelle l'urgence de vivre au présent.
Un travail confortable et enviable, une vie satisfaisante proche de Paris, un cercle amical, social et familial riche, une vie spirituelle bien remplie : voilà cependant que le burn out vient d'inviter dans l'équation ! Avec les multiples et constantes sollicitations, Théophane Leroux doit vivre avec l'insomnie, avec l'anxiété puis progressivement avec la perte de sens malgré un métier qu'il a choisi et qu'il aime. Tous les jours, la voix du psalmiste et le chemin des Évangiles lui font entrevoir une voie de traverse : c'est décidé, Théophane s'engage comme ouvrier viticole dans un domaine proche de Saumur. Il faut tout recommencer, tout réapprendre et enfin se reconnaître tout petit, parmi les oiseaux du ciel, là où chante l'alouette.

Vignes

dimanche 31 mai 2026

Pleurer au supermarché de Michelle Zauner

Critique de Pleurer au supermarché de Michelle Zauner


Résumé :
Quatrième de couverture : Musicienne accomplie, new-yorkaise, amoureuse : à trente ans, tout semble sourire à Michelle, la chanteuse du groupe Japanese Breakfast. Pourtant, il lui arrive de pleurer au supermarché devant des boîtes de raviolis asiatiques. Depuis qu'elle a perdu sa mère, Michelle est bouleversée par des souvenirs qu'elle a longtemps fuis : ceux de cette figure maternelle coréenne si différente et exigeante, dont l'amour s'exprimait surtout à travers la cuisine. Avec pour fil rouge la gastronomie, Michelle raconte son enfance américaine, les vacances à Séoul, les tensions de l'adolescence, puis la maladie et le deuil impossible. C'est en se plongeant dans les recettes de sa mère qu'elle commence enfin à se réconcilier avec un pan de son histoire.
Tout juste au seuil de sa vie d'adulte, Michelle Zauner doit faire face au cancer de sa mère et très peu de temps après, à sa mort. Elle décède le 18 octobre 2014, à cinquante-six ans. Les lourds protocoles de soin, les séjours à l'hôpital, les fatigues, les empreintes sur le corps n'auront pas permis à Chongmi, sa maman, de repousser la maladie. Ce récit autobiographique revient sur la difficile expérience du deuil et de la disparition d'un modèle à un âge où Michelle devient une femme et construit sa propre vie. Cette thématique vient croiser celle de l'identité puisque Michelle est née à Séoul d'une mère coréenne et d'un père américain. Comment pleinement recevoir cet héritage coréen alors que le passeur a disparu et qu'elle s'est pleinement installée aux États-Unis ? De l'adolescence difficile à l'âge adulte, ce texte est une magnifique ode à l'amour filial.

Michelle Zauner et sa maman Chongmi

dimanche 24 mai 2026

Lire Lolita à Téhéran d'Azar Nafisi

Critique de Lire Lolita à Téhéran d'Azar Nafisi


Résumé :
Quatrième de couverture : Pour avoir refusé de porter le voile, Azar Nafisi doit quitter l'université de Téhéran. Elle décide alors de réunir sept de ses étudiantes pour des cours clandestins dans l'intimité de son salon. Qu'elles soient conservatrices ou progressistes, croyantes ou laïques, elles vont débattre avec passion : Lolita, Gatsby le Magnifique, Orgueil et Préjugés... Elles découvrent le pouvoir de la fiction et ses répercussions sur leur vie personnelle : l'imagination comme arme de résistance et gage de liberté. D'une richesse infinie, parfois drôle et souvent héroïque, Lire Lolita à Téhéran nous montre le quotidien de ces femmes au coeur de la République islamique. Vibrant, déchirant, inoubliable.
En 1995, Azar Nafisi, professeur à l'université, décide de démissionner. Enseigner la littérature mondiale en Iran, sous le régime de la République islamique, est en effet devenu un travail constant d'équilibriste, quasiment impossible à mener. Pourquoi ? Il suffit de considérer la charge subversive qui se coule dans ces ouvrages : Nabokov, Henry James, Gustave Flaubert, Fitzgerald et même... Jane Austen ! Elle décide alors de former un cénacle d'un type particulier : chez elle, les jeudis, viendront se réunir certaines de ses étudiantes. Elles sont toutes différentes : sensibilités religieuses, idées politiques, trajectoires de vie, âges, situations matrimoniales... mais, réunies par l'amour de la littérature, elles parviendront à former un véritable chœur de femmes, aussi battant que combattant.

Azar Nafisi

samedi 16 mai 2026

Le Club des divorcés, tome 1 et 2 de Kazuo Kamimura

Critique du Club des divorcés de Kazuo Kamimura

Résumé :
Quatrième de couverture : Le combat quotidien d'une femme divorcée dans le Japon des années 70. Une œuvre forte et bouleversante signée Kazuo Kamimura.
Dans le quartier de Ginza à Tokyo, Yûko, une jeune tenancière de club, fraîchement divorcée, travaille beaucoup de nuit pour maintenir son affaire à flot. Maman d'Asako, une petite fille de trois ans, cette dernière vit chez sa grand-mère et ne voit sa maman que le dimanche, témoin des déchirements qui frappent ses parents. Le statut de divorcée n'est pas toujours facile à porter dans la société japonaise des années 1970, d'autant plus que Yûko le cumule avec celui de tenancière de club. Le lecteur découvre toute une galerie de personnages aux histoires et aux statuts variés.
C'est le quotidien singulier d'une femme qui révèle beaucoup de choses sur la condition féminine au sein d'une société traditionnelle et moderne. Elle doit mener de concert sa vie de famille, sa vie professionnelle et sa vie amoureuse. Bien sûr, cela n'évolue pas dans des sphères hermétiques et tout finit par s'interpénétrer. Au club, elle manage une équipe et gère des clients, elle fait face à des problèmes financiers car, en plein choc pétrolier au Japon, les clients désertent son bar. Malgré tout cela, il y a une place pour la poésie et la méditation, une place pour la peine et pour la colère, et une place pour le rire aussi... parfois.





samedi 9 mai 2026

Madelaine avant l'aube de Sandrine Collette

Critique de Madelaine avant l'aube de Sandrine Collette

Résumé :
Quatrième de couverture : C'est un endroit à l'abri du temps. Ce minuscule hameau, qu'on appelle Les Montées, est un pays à lui seul pour les jumelles Ambre et Aelis, et la vieille Rose.
Ici, l'existence n'a jamais été douce. Les familles travaillent une terre avare qui appartient à d'autres, endurent en serrant les dents l'injustice. Mais c'est ainsi depuis toujours.
Jusqu'au jour où surgit Madelaine. Une fillette affamée et sauvage, sortie des forêts. Adoptée par Les Montées, Madelaine les ravit, passionnée, courageuse, si vivante. Pourtant, il reste dans ses yeux cette petite flamme pas tout à fait droite. Une petite flamme qui fera un jour brûler le monde.
Où sommes-nous ? Qui saurait le dire. Aux abords d'une forêt dans un village complètement isolé et coupé du monde par une bras de rivière, le Basilic, qu'il faut traverser au moyen d'un bac. L'antique nocher, Charon immémorial, est une très vieille femme. Que dire aussi des maisons ? Il s'agit de vieux corps de fermes humides, le sol est en terre battue et souvent il n'y a que deux pièces : la cuisine, et, attenant, l'endroit où l'on se serre tous ensemble pour tenter d'avoir chaud. Il ne reste plus que quelques familles qui travaillent dur sur la terre des maîtres. La nature est dure aussi : l'implacable gel ravit les récoltes et décime les hommes ; les maîtres sont cruels, surtout Ambroisie-le-Fils (c'est ainsi qu'on l'appelle). Monté sur son cheval gris, ce limier pourchasse les femmes à qui il n'épargne aucune violence. Perdues dans ce hameau nommé "Les Montées", Ambre et Aelis sont deux sœurs jumelles qui suivent, chacune, la pente inexorable de leur destin. Un jour, la vieille Rose, âme et mémoire du village, trouve une petite fille égarée dans les bois : elle s'appellera Madelaine et plus rien ne sera jamais comme avant.

dimanche 3 mai 2026

Un Sandwich à Ginza de Hiramatsu Yôko

Critique d'Un Sandwich à Ginza d'Hiramatsu Yôko

Résumé :

Quatrième de couverture : Ces histoires délicieuses qui nous font venir l'eau à la bouche, l'écrivaine gastronome les a composées en compagnie de son ami Taniguchi. Elle nous donne le goût du Japon avec une volupté, une euphorie contagieuses. Cuisine bouddhique à Kamakura, pot-au-feu de fugu à Osaka ou fête de l'anguille à Narita, gyôza croustillants à Jimbôchô, tempuras de crosses de fougères et de pousses de lis à Ginza... Autant de restaurants que de petits quartiers, leurs spécialités et les personnages qui les animent. Car ce livre est aussi un document vivant qui nous fait comprendre le rapport des Japonais à la nourriture : mets de saison et plats de fête, recettes jalousement gardées, destins d'établissements centenaires. Un livre alléchant, d'une merveilleuse sensualité, qui assouvit aussi bien les rêveries gustatives que la soif de connaissances sur le Japon.
Ce voyage culinaire aura su prendre toutes les formes possibles pour ravir son lecteur. De la promenade avec déjeuner sur le pouce, à la pause midi d'entreprise, en passant par le pèlerinage culinaire voire le retour en enfance ou le voyage dans le temps : l'auteur nous fait passer par une multitude d'émotions qui renvoient à des expériences de vie universelles et donc tellement intimes. L'ouvrage, scindé en petits chapitres abordant un lieu, un met ou un thème culinaire, s'adresse sans conteste à de véritables gourmets. Que vous soyez fin connaisseur de la gastronomie japonaise ou simple curieux : l'eau à la bouche, vous naviguerez de découverte en découverte !

mercredi 29 avril 2026

La Végétarienne d'Han Kang

Critique de La Végétarienne d'Han Kang

Résumé :

Quatrième de couverture : Une nuit, Yōnghye se réveille et va au réfrigérateur, qu'elle vide de toute la viande qu'il contient. Guidée par son rêve, elle a désormais un but : devenir végétale, se perdre dans l'existence calme et inaccessible des arbres et des plantes. Ce dépouillement qui devient le sens de sa vie, le pouvoir érotique, floral de sa nudité vont faire voler en éclats les règles de la société, dans une lente descente vers la folie et l'absolu.
Tout commence par une rupture radicale et inattendue : Yōnghye décide d'arrêter de consommer tout produit d'origine animale. Non seulement elle n'en mange plus, mais elle n'en prépare plus non plus pour son mari. La nourriture étant un rituel culturel, ce bouleversement affecte son foyer et par extension toute sa famille puis la communauté sociale élargie comme une onde de choc à réverbérations. Quelles seront les conséquences ultimes d'un tel choix ? Ira-t-elle jusqu'au bout ? Et en définitive... pourquoi ?