Quatrième de couverture : "Cela s'était fait progressivement. Pour en arriver là. Sans qu'elle s'en rende vraiment compte. Sans qu'elle puisse aller contre. Elle se souvient du regard des gens, de la peur dans leurs yeux. Elle se souvient de ce sentiment de puissance qui repoussait toujours plus loin les limites du jeûne et de la souffrance. Les genoux qui se cognent, des journées entières sans s'asseoir.
En manque, le corps vole au-dessus des trottoirs. Plus tard, les chutes dans la rue, dans le métro, et l'insomnie qui accompagne la faim qu'on ne sait plus reconnaître.
Et puis le froid est entré en elle, inimaginable. Ce froid qui lui disait qu'elle était arrivée au bout et qu'il fallait choisir entre vivre et mourir".
D'abord, la voix de Laure n'existe pas. Cette dernière est comme étrangère à son propre témoignage, seulement désignée par la troisième personne. Puis survient une autre voix, qui la tire de sa torpeur, et elle effectue la grande traversée. Elle se rend enfin à l'hôpital pour y être soignée. Laure, une jeune fille au seuil de l'âge adulte, souffre d'anorexie mentale sévère : trente-six kilos pour un mètre soixante quinze lors de son admission en hospitalisation d'urgence. C'est un miracle qu'elle ne soit pas déjà morte ou dans un profond coma. Débute alors le récit d'une longue et tortueuse rémission au sein du service nutrition. Au gré des rencontres, des sorties et des rechutes, Laure va progressivement se rattacher à la vie par un fil, comme celui de ses tricots ou celui de la sonde naso-gastrique avec laquelle elle entretient un rapport difficile. Publié sous le pseudonyme de Lou Delvig en 2001, ce texte est le premier roman de Delphine de Vigan. Témoignage autobiographique en partie fictif, le personnage de Laure est librement inspiré de l'expérience de l'auteur : en hypokhâgne puis en khâgne, elle est progressivement tombée dans l'anorexie mentale et a vécu une hospitalisation de six mois après avoir passé le concours de l'École Normale Supérieure (ENS).













