Quatrième de couverture : "Le client est roi, mais nous, on n'est rien". Depuis près de deux siècles, ce mythe justifie la normalisation de violences de tous ordres - économiques, physiques, psychologiques, homophobes, racistes, sexistes et sexuelles. Comment s'étonner aujourd'hui que 200 000 postes soient vacants, lorsque l'on découvre le décalage glaçant entre la vitrine et la cuisine ?
Pendant quatre ans, Nora Bouazzouni a recueilli des centaines de témoignages d'employés de la restauration. Tous dénoncent un système bien rodé, qui ne tient que par l'exploitation des travailleurs et des travailleuses, et où nombre de chefs règnent par la terreur. Malgré l'ampleur sidérante des abus, aucun n'a jamais vraiment été inquiété. C'est qu'en France, la "haute" cuisine jouit d'une impunité exceptionnelle. Gare à qui osera s'y attaquer. Ce livre s'y emploie.
Dans cet ouvrage, la journaliste Nora Bouazzouni se livre à une enquête dénonçant la violence systématique qui règne dans le secteur de la restauration en France (essentiellement restaurants, hôtels, cafés et boulangeries-pâtisseries). Les hôtels, cafés et restaurants (HCR) sont confrontés à une crise en France qui s'est trouvée sensiblement accélérée par la pandémie de COVID-19. Aujourd'hui, c'est un domaine professionnel qui peine notoirement à recruter et à garder ses employés. Pour autant, comme le souligne la journaliste, la restauration n'est pas un secteur professionnel comme un autre en France, d'où l'attention accrue de l'État qui dispense des aides variées pour soutenir les entreprises en difficulté. Les entreprises oui, mais qu'en est-il des salariés ? Secteur professionnel difficile et exigeant, la gastronomie française a une réputation d'excellence qui justifie trop souvent toutes les dérives : violences physiques et psychologiques pour "faire ses preuves", bizutages, horaires de travail insoutenables, heures supplémentaires non payées ou encore non respect des normes et de la législation en vigueur. La figure du "chef" est entourée d'une aura d'artiste créateur et souvent au cœur de réseaux d'influences variés. Dans un tel cadre, même les scandales qui affleurent ponctuellement ne sont pas suivis de mesures durables pour protéger les salariés du secteur. La journaliste critique essentiellement le fossé de plus en plus marqué entre une profession idéalisée grâce aux émissions télévisuelles (Top Chef, Cauchemar en cuisine, Tous en cuisine...), les classements nationaux et mondiaux (Michelin, Gault & Millau en France), les concours (comme le Meilleur Ouvrier de France ou le Meilleur Apprenti de France) et la réalité du terrain où la jeunesse s'épuise et s'abime. Mais les solutions proposées sont-elles à la hauteur du défi ?













