Bohémienne, elle n'était pourtant que de profession et par manière de dire ; car de race, elle n'était ni Gitana, ni Indoue, non plus qu'Israélite en aucune façon. Elle était de bon sang espagnol, sans doute mauresque à l'origine car elle était passablement brune, et toute sa personne avait une tranquillité qui n'annonçait rien des races vagabondes. Ce n'est point que de ces races-là je veuille médire. Si j'avais inventé le personnage de Consuelo, je ne prétends point que je ne l'eusse fait sortir d'Israël, ou de plus loin encore ; mais elle était formée de la côte d'Ismaël, tout le révélait dans son organisation. Je ne l'ai point vue, car je n'ai pas encore cent dans, mais on me l'a affirmé, et je n'y puis contredire. Elle n'avait pas cette pétulance fébrile interrompue par des accès de langueur apathique qui distingue les zingarelle. Elle n'avait pas la curiosité insinuante et la mendicité tenace d'une ebbrea indigente. Elle était aussi calme que l'eau des lagunes, et en même temps aussi active que les gondoles légères qui en sillonnent incessamment la face.
George Sand débute son roman historique en présentant Consuelo comme une figure réelle. L'auteur s'appuie encore sur la théorie des climats (que l'on retrouve par exemple dans De l'esprit des Lois de Montesquieu) pour justifier les particularités de natures et de caractères selon les peuples. La référence à Ismaël s'appuie sur une lecture islamique de la Genèse : les Arabes seraient les descendants d'Ismaël (le fils proposé au sacrifice dans le Coran et non Isaac comme on le trouve dans la Bible). Le personnage de Consuelo permet à George Sand de donner une coloration orientaliste à son récit, une vogue qui ne cessera de se confirmer au fil du XIXe siècle.
La volonté de suivre les modes et les tendances littéraires est un élément qui m'a beaucoup gênée dans cet ouvrage : la publication sous forme de roman-feuilleton est en grande partie responsable de cette caractéristique. Sous l'influence de Walter Scott en effet, le lectorat du XIXe siècle se passionne pour les grandes fresques historiques et les imaginaires médiévaux. Consuelo reprend très largement les codes du genre mais le personnage principal étant une jeune fille, cela provoque quelques incongruités. Par exemple, à l'image du chevalier, Consuelo part à l'aventure sur les routes. C'est une quête d'un nouveau genre qui l'oblige à utiliser l'artifice théâtral et romanesque du travestissement. Or qui s'avance masqué doit s'attendre à être démasqué : voilà lancée la longue série des scènes de reconnaissance par lesquelles Consuelo est justement reconnue pour ce qu'elle est par différents personnages. Une fois, deux fois, trois fois... les ficelles sont évidemment grossières et le lecteur se lasse de ces effets de composition un peu trop faciles... George Sand, qui décidément n'en en a pas assez des scènes de reconnaissance, s'amuse même à masquer d'autres personnages. Pour n'en citer que quelques-uns : le comte Albert de Rudolstadt, en vadrouille à Dresde, entre visiblement masqué dans la loge de la cantatrice ; Joseph Haydn passe pour un simple serviteur qui ne connaît rien à la musique afin de se mettre au service du Porpora et d'obtenir des leçons ou encore le roi Frédéric II lui-même qui séjourne chez le comte Hoditz en simple uniforme d'officier prussien (décidément, Consuelo est toujours aux bons endroits aux bons moments...). D'ailleurs, la révélation de l'identité du monarque est extrêmement théâtralisée :
Consuelo regarda et déchiffra aisément cette inscription, qui lui révéla le secret de la comédie : Vive Frédéric le Grand. "Ah ! Monsieur le comte, s'écria-t-elle, vivement préoccupée, il y a du danger pour un tel personnage à voyager ainsi, et il y en a plus encore à le recevoir."
George Sand s'amuse à tordre ces conventions dans tous les sens allant même jusqu'à imaginer une scène de reconnaissance inversée. Alors que Corilla a accouché chez le chanoine et y a abandonné son enfant (traditionnellement, c'est l'enfant trouvé qui bénéficie d'une scène de reconnaissance des années plus tard), c'est finalement Consuelo qui est reconnue en tant qu'auxiliaire de son accouchement par la Corilla :
La figure de Joseph, que Corilla n'avait pas revue depuis ce jour malencontreux, lui remit aussitôt en mémoire toutes les circonstances qu'elle cherchait vainement à se rappeler, et le Zingaro Bertoni lui apparut enfin sous les véritables traits de la Zingarella Consuelo. Un cri de surprise lui échappa, et pendant un instant la honte et le dépit se disputèrent dans son sein.
Mais ce n'est pas tout, le roman capitalise sur d'autres effets de mode : l'occultisme évidemment, avec le personnage d'Albert qui, pour le dire simplement, est complètement allumé. Ou encore le roman gothique dans toutes les parties qui prennent place au château des Géants en Bohême. Albert de Rudolstadt est décrit comme un vampire d'un nouveau genre : jusqu'à la fin du roman, alors qu'il a trépassé depuis plusieurs heures, le lecteur s'attend encore à le voir se relever. De nombreux personnages sont réduits à des types bien connus du lectorat ce qui relie le roman à une production de grand divertissement. Cette composition maladroite est reconnue par George Sand qui admet avoir écrit au fil de la plume. Le texte est d'ailleurs très long, ce qui en est un symptôme traditionnel. L'auteur précise :
Le roman n'est pas bien conduit. Il va souvent un peu à l'aventure, a-t-on dit ; il manque de proportion. C'est l'opinion de mes amis, et je la crois fondée. Ce défaut, qui ne consiste pas dans un décousu, mais dans une sinuosité exagérée d'événements, a été l'effet de mon infirmité ordinaire : l'absence de plan.
Sur un plan méta-poétique, je souhaite attirer l'attention sur le fait que le roman a pour titre le nom de son personnage principal. Pour moi, le personnage de Consuelo souffre des mêmes défauts de composition que le roman dans son ensemble. À mon avis, ce personnage ne se tient pas. Je ne suis pas parvenue à adhérer à ce caractère bizarre et à le comprendre. Consuelo semble être parée de toutes les vertus (en particulier les vertus chrétiennes) mais ne cesse d'agir à contre-courant. Elle ment, dissimule, cache la vérité, se travestit... Mais qu'attendre d'autre d'une comédienne ? C'est d'ailleurs ce que lui dit la Corilla "vous êtes un masque !" Au cours de ma lecture, je n'ai cessé d'avoir l'impression que Consuelo était une création théorique, qui ne pouvait pleinement se soutenir dans le réel (et encore moins dans le "mentir-vrai" du roman). D'ailleurs, ce texte est souvent présenté comme un roman d'apprentissage voire un roman initiatique mais où est l'initiation ? Dès le départ la jeune fille se présente comme un caractère achevé, notamment dans le domaine moral. Comment cependant lui reconnaître toutes ces qualités alors même que son comportement les contredit et qu'elle rejette constamment la faute sur autrui ? Elle dissimule ses écrits à son maître : "Elle se mit sur-le-champ à écrire ; mais la voix du Porpora lui fit cacher à la hâte dans son sein, et la lettre d'Albert, et la réponse qu'elle avait commencée". Lorsqu'elle rencontre Joseph Haydn sur le chemin, il n'est qu'un jeune adolescent dont la physionomie est celle d'un enfant. Consuelo, qui a faim, a l'audace de lui demander alors de partager son pain avec elle, non sans jouer la comédie pour l'impressionner :
Après s'être bien assurée, à la toilette délabrée de l'enfant et à sa chaussure poudreuse, que c'était un pauvre voyageur étranger au pays, elle jugea que la Providence lui envoyait un secours inespéré, dont elle devait profiter. Le morceau de pain était énorme, l'enfant pouvait, sans rabattre beaucoup de son appétit, lui en céder une petite portion. Elle se releva donc, affecta de se frotter les yeux comme si elle s'éveillait à l'instant même, et regarda le jeune gars d'un air assuré, afin de lui imposer, au cas où il perdrait le respect dont jusque-là il avait fait preuve. Cette précaution n'était pas nécessaire. Dès qu'il vit la dormeuse debout, l'enfant se troubla un peu, baissa les yeux, les releva avec effort à plusieurs reprises [...].
Mais quel genre de femme ôte le pain de la bouche d'un enfant ? Alors qu'elle est en voyage, elle affirme à de nombreuses reprises avoir hérité de la rusticité de sa mère ("Jeune, forte et habituée dès l'enfance à de longues marches, soutenue d'ailleurs par sa volonté audacieuse, elle vit poindre le jour sans éprouver beaucoup de fatigue") ; néanmoins cela ne l'empêche pas de défaillir à de nombreuses reprises dans le roman, pour des raisons tout aussi variées qu'obscures ("Le sommeil, qu'elle avait voulu remettre à l'heure de midi, appesantissait ses paupières ; et la faim, qu'elle n'était plus habitée à supporter aussi bien qu'elle s'en flattait, la jetait dans une irrésistible défaillance"). Qui donc est Consuelo ? Est-elle faible ou forte ? Menteuse ou vertueuse ? Naïve ou manipulatrice ?
Bonté divine ! dit la chanoinesse terrifiée ; avez-vous entendu ce soupir qui semble partir des entrailles de la terre ? [...]- Quelque chouette attirée par la bougie aura traversé l'appartement tandis que nous étions absorbés par la musique, et nous avons entendu le bruit léger de ses ailes au moment où elle s'envolait par la fenêtre.
Albert fait l'éloge du Diable et développe une spiritualité satanique. George Sand, s'appuyant sur les thèses absurdes de Pierre Leroux (1797-1871) loin de mettre à distance cette mystique, la présente au contraire sous son meilleur jour dans le regard fasciné de Consuelo. Il est écrit en effet :
C'est que, dans la croyance des Lollards, Satan n'était pas l'ennemi du genre humain, mais au contraire son protecteur et son patron. Ils le disaient victime de l'injustice et de la jalousie. Selon eux, l'archange Michel et les autres puissances célestes qui l'avaient précipité dans l'abîme étaient de véritables démons, tandis que Lucifer, Belzébuth, Astaroth, Astarté, et tous les monstres de l'enfer étaient l'innocence et la lumière même. Ils croyaient que le règne de Michel et de sa glorieuse milice finirait bientôt, et que le diable serait réhabilité et réintégré dans le ciel avec sa phalange maudite. Enfin ils lui rendaient un culte impie, et s'abordaient les uns les autres en se disant : Que celui à qui on a fait tort, c'est-à-dire celui qu'on a méconnu et condamné injustement, te salue, c'est-à-dire, te protège et t'assiste.
Les Lollards sont les disciples de John Wycliff et de son partisan, le prêtre John Ball (1338-1381). Très étrangement, après avoir écouté ces élucubrations, Consuelo remet en cause toute son éducation catholique : "Elle cherchait le sens de toutes ces formules de dévotion qu'elle avait acceptées jusque-là sans examen, et qui ne satisfaisaient point son esprit alarmé". Enfin, dans le for intérieur de son cœur, elle se met à prier Satan et la religion des Lumières, créée de toutes pièces pour mourir peu de temps après :
Maître suprême ! s'écria-t-elle dans son cœur, oubliant les formules de sa prière accoutumée, enseigne-moi ce que je dois faire. Amour suprême ! enseigne-moi ce que je dois aimer. Science suprême ! enseigne-moi ce que je dois croire.
La répétition par trois fois du verbe "enseigner" renvoie à la notion d'initiation. Le roman n'est pas non plus avare en références diverses à la franc-maçonnerie et aux sociétés secrètes (voir préface très documentée sur "L'occultisme dans Consuelo" par Léon Cellier, "Classiques Garnier" 1959 puis reprise dans l'édition "Folio", Gallimard). À la fin de l'ouvrage, la conversion de Consuelo au satanisme est achevée. Elle pense triompher de la mort grâce à la réincarnation (et non la Résurrection...) : "Fidèle à la foi que tu m'as enseignée, certaine que tu as mérité l'amour et la bénédiction de ton Dieu, je ne te pleure pas, et rien ne te présentera à ma pensée sous l'image fausse et impie de la mort. Il n'y a pas de mort Albert, tu avais raison ; je le sens dans mon cœur, puisque je t'aime plus que jamais". George Sand présente également une subversion des sacrements catholiques car l'Extrême Onction est envisagée avec répugnance ("l'appareil sinistre de la dernière cérémonie", n'ayant d'autre fonction que de "tourmenter le malade") alors que le mariage est étendu à la vie après la mort dans le roman. Le mariage catholique est pourtant un sacrement qui ne marque que la vie d'ici-bas (d'où le fameux "jusqu'à ce que la mort nous sépare").
Terminons tout de même cette chronique plus qu'en demi-teinte par des remarques positives. J'ai beaucoup apprécié les passages du roman à Venise et à Dresde. Les premiers amours (avant les trahisons) de Consuelo et d'Anzoleto ont quelque chose d'innocent et de féérique dans la Venise des enfants pauvres. Ces moments sont extrêmement touchants. Les analyses du monde de la scène, du chant et du théâtre sont également très fines et intéressantes. Elles rappellent beaucoup Les Illusions perdues de Balzac et décrivent d'ailleurs probablement le milieu du spectacle parisien de l'époque plutôt que le cadre particulier de Venise, moins connu de George Sand. Les remarques sur le public sont pertinentes et nous immergent efficacement dans l'atmosphère et les enjeux perçus par l'auteur en son temps :
On ne travaillait pas aussi savamment la composition de l'auditoire ; on ignorait les ressources profondes de la réclame, les hâbleries du bulletin biographique, et jusqu'aux puissantes machines appelées claqueurs. Il y avait de fortes brigues, d'ardentes cabales ; mais tout cela s'élaborait dans les coteries, et s'opérait par la seule force d'un public enjoué naïvement des uns, hostile sincèrement des autres.
À Dresde, alors qu'elle se produit à nouveau sur scène dans les premiers rôles en remplacement de la Corilla, Consuelo n'a aucun intérêt pour le public selon la marotte romantique pour la théorie de la création poétique liée à l'enthousiasme et au génie. Seule compte "la certitude victorieuse d'avoir atteint dans son art un moment d'idéal". L'idée est belle et n'importe quel artiste peut s'y reconnaître, le lecteur se serait néanmoins dispensé d'une remarque un peu ridicule : "Cette fois, elle sentit qu'elle avait révélé toute sa puissance, et, presque sourde aux clameurs de la foule, elle s'applaudit elle-même dans le secret de sa conscience". (C'est nous qui soulignons).
Le roman offre aussi quelques beaux sujets de dissertation en proposant une réflexion sur la musique harmonique et la musique imitative. Ici, le Maestro Porpora s'adresse à Joseph Haydn :
Écoute, lui dit le Porpora pour le tirer de peine, tu travaillerais cent ans avec les plus beaux instruments du monde et les plus exactes connaissances des bruits de l'onde et du vent, que tu ne rendrais pas l'harmonie sublime de la nature. Ceci n'est pas le fait de la musique. Elle s'égare puérilement quand elle court après les tours de force et les effets de sonorité. Elle est plus grande que cela ; elle a l'émotion pour domaine. Son but est de l'inspirer, comme sa cause est d'être inspirée par elle. [...] Que dirais-tu d'un poète, qui, pour peindre une bataille, te dirait en vers que le canon fait boum, boum, et le tambour plan, plan ? [...] La peinture elle-même, cet art de description par excellence, n'est pas un art d'imitation servile. L'artiste retracerait en vain le vert sombre de la mer, le ciel noir de l'orage, la carcasse brisée du navire. S'il n'a le sentiment pour rendre la terreur et la poésie de l'ensemble, son tableau sera sans couleur, fût-il aussi éclatant qu'une enseigne à bière. Ainsi, jeune homme, émeus-toi à l'idée d'un grand désastre, c'est ainsi que tu le rendras émouvant pour les autres.
On retrouve ici quasiment textuellement les enseignements du Maître Frenhofer à son disciple Nicolas Poussin dans Le Chef-d'œuvre inconnu de Balzac (publication en 1831) : "tu n'es pas un vil copiste mais un poète".
C'est paradoxalement dans les développements sur le théâtre, alors que Consuelo se produit sur les planches, que l'on retrouve les plus beaux accents catholiques, voire des références aux Évangiles : "Je sens que mon cœur est fait comme le paradis du tendre Jésus, où il y aura plus de joie et d'accueil pour un pécheur converti que pour cent justes triomphants" (citations du Nouveau Testament, Luc, 15, 7). Je vous livre aussi cette belle méditation sur la dignité humaine, à la ressemblance de Dieu, profondément inscrite dans le cœur des Hommes, en dépit du péché originel :
L'âme humaine conserve toujours dans ses égarements quelque chose de bon et de grand où l'on sent avec respect et où l'on retrouve avec joie cette empreinte sacrée qui est comme le sceau de la main divine.
Voilà une parole que l'on pourrait quasiment entendre dans une homélie ! La fin de Consuelo propose aussi plusieurs descriptions splendides du théâtre et notamment de l'espace des loges et des machines qu'elle compare à un "labyrinthe suspendu" :
Dans sa disproportion réelle, cette élévation a quelque chose d'austère, et, si en regardant la scène, on se croit dans un cachot, en regardant les combles, on se croirait dans une église gothique, mais dans une église ruinée ou inachevée ; car tout ce qui est là est blafard, informe, fantasque, incohérent. Des échelles suspendues sans symétrie pour les besoins du machiniste, coupées comme au hasard et lancées sans motif apparent vers d'autres échelles qu'on ne distingue point dans la confusion de ces détails incolores ; des amas de planches bizarrement tailladées, décors vus à l'envers et dont le dessin n'offre aucun sens à l'esprit ; des cordes entremêlées comme des hiéroglyphes ; des débris sans nom, des poulies et des rouages qui semblent préparés pour des supplices inconnus, tout cela ressemble à ces rêves que nous faisons à l'approche du réveil, et où nous voyons des choses incompréhensibles, en faisant de vains efforts pour savoir où nous sommes. Tout est vague, tout flotte, tout semble prêt à se disloquer. On voit un homme qui travaille tranquillement sur ces solives, et qui semble porté par des toiles d'araignée ; il peut vous paraître un marin grimpant aux cordages d'un vaisseau, aussi bien qu'un rat gigantesque sciant et rongeant les charpentes vermoulues.
Enfin, George Sand nous livre de très belles pages sur la condition de comédien et plus largement d'artiste sur scène. Elle y évoque les joies qui sont tout à fait indissociables des expériences amères mais aussi l'irréductible différence qui impose au comédien de vivre comme à côté de sa vie. Voilà en définitive, une définition intéressante de la marginalité qui rejoint la condition de nomade cosmopolite qui est celle de Consuelo dans le roman. Le comédien est décrit comme un martyr :
Par une bizarrerie bien connue du cœur humain, elle ne se vit pas plus tôt libre de suivre son goût pour le théâtre, sans distraction et sans remords, qu'elle se sentit effrayée de son isolement au milieu de toute cette corruption, et consternée de l'avenir de fatigue et de luttes qui s'ouvrait devant elle. La scène est une arène brûlante ; quand on y est, on s'y exalte, et toutes les émotions de la vie paraissent froides et pâles en comparaison ; mais quand on s'en éloigne brisé de lassitude, on s'effraie d'avoir subi cette épreuve du feu, et le désir qui vous y ramène est traversé par l'épouvante. Je m'imagine que l'acrobate est le type de cette vie pénible, ardente et périlleuse. Il doit éprouver un plaisir nerveux et terrible sur ces cordes et ces échelles où il accomplit des prodiges au-dessus des forces humaines ; mais lorsqu'il en est descendu vainqueur, il doit se sentir défaillir à l'idée d'y remonter, et d'étreindre encore une fois la mort et le triomphe, spectre à deux faces qui plane incessamment sur sa tête.
Ces passages justifient à eux seuls la lecture de Consuelo ! Pour autant, je vais attendre un peu avant de me lancer dans le tome II... Je remercie en tout cas les participants à cette lecture commune ainsi que son organisatrice. Nos discussions étaient passionnantes et j'ai adoré lire ce roman en votre compagnie !
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